Harry Gaabor & Philippe Lefebvre

Flyer expo HG&PL

Flyer expo HG&PL2

 

Et voici les mots inspirés de Marco Caccavo – critique d’art et membre de notre association – sur l’exposition en cours de Harry Gaabor et Philippe Lefebvre :

« L’art est une blessure qui devient lumière »
Georges Braque 

Le geste d’artiste, à la fois, cache et révèle, et c’est à ce moment que l’interprétation personnelle de l’œuvre prend forme dans notre esprit de spectateur. Le langage de la création est celui qui maîtrise la lumière et le sombre, le brumeux souvenir et le lumineux réel. Et comme le jour et la nuit sont opposés, mais semblent presque se renverser l’un dans l’autre dans les instants d’aube ou du coucher de soleil, ainsi deux artistes trouvent un moment commun pour se reconnaître l’un dans le travail de l’autre. Quand cela arrive, leurs pensées, à travers leurs œuvres, courent comme des étincelles d’images dans un jeu de miroir et, enfin, ils se pénètrent, en se posant, essoufflées, et nous parlent. Bien sûr, les mondes de deux artistes parlent avec des accents dissemblables qui renvoient à l’utilisation de matières différentes pour la création, mais leur sujet de discussion est commun: tous les deux cherchent l’expression de leur intérieur, agité par le vécu et par l’interprétation du monde contemporain.
Philippe Lefebvre et Harry Gaabor nous proposent cet échange entre vécu et regard actuel dans un espace d’art, lieu subtile de l’aube et du coucher de la pensée.
Lefebvre, artiste joue du métal, plie et façonne la matière au gré des battements de son cœur. Il est artisan, archéologue de la mémoire en action et travaille sur des souvenirs qui ont marqué sa peau, parfois doucement, parfois plus violemment, la vie donne le rythme et le timbre de ses créations. Et ainsi la matière est voix des blessures et des fragilités de l’artiste. Le noble métal, matière faite pour résister au temps, aux émotions, devient métaphore du flou souvenir. Ce dernier, tiré de l’abîme de l’oubli, revient et recompose, à l’aide de l’introspection, une histoire qu’il essaye de rendre cohérente pour s’expliquer pourquoi ses blessures sont encore saignantes.
Faire revenir à la surface, comprendre, créer. Au final, la création, n’est-elle pas une volonté de projeter hors-de-soi les émotions cachées pour mieux essayer de les comprendre?
Songez à une sculpture en métal. A l’une de celles de Lefebvre. Elle est le porte-parole de toutes nos angoisses présentes, de toutes nos émotions passées. Son but d’artiste est celui de les rendre cohérentes. Mais, on le sait, la langue du cœur a du mal a s’exprimer d’une façon claire…le souvenir, la blessure, il faut tout cimenter en blanc pour poursuivre le voyage au bout de la vie…
Gaabor, conteur du contemporain, noue, dans une même œuvre, le monde bien présent à nos sens et celui spirituel, qui demande un sursaut du cœur pour être compris. Ses œuvres narrent du fléau de la guerre, bien sûr adoucie par l’espoir provenant d’un bouquet de fleur ou d’un soldat à la morphologie plutôt apte à la séduction qu’à la destruction. L’artiste raconte dans ses œuvres le rapport difficile entre nature et civilisation, entre « être humain durable » et éternel devenir du cosmos.
Presque tous ses travaux, qui vont de la peinture sur bois à la sculpture, présentent une double lecture. La première, certes immédiate, est celle liée aux couleurs qui captivent le regard et au sujet d’actualité que l’on peut facilement reconnaître.
Mais ce n’est pas un travail de simple dénonciation.
On le disait tout à l’heure: le geste d’artiste, à la fois, cache et révèle.
La deuxième lecture de son travail est une sorte de révélation laïque: l’artiste narre les défis et les enjeux de l’humain et cache, en utilisant le langage des symboles spirituels, la dimension métaphysique de leur résolution.
Le monde à venir que Gaabor confie à ses œuvres est celui hanté par un cri d’humanisation, permettant de tourner en colorée dérision une tragédie comme celle de la guerre ou de confier aux têtes de mort la valeur d’une joyeuse vanitas qui nous invite à danser. Et ce ballet se produit sur les ruines d’une ville développée à la verticale pour faire naître, en dansant, une ville horizontale. Dans ce nouvel espace, la nature, avec ses couleurs et ses fragilités, n’est plus opposition à l’animalisation dont parlait Diderot, c’est-à-dire la volonté de tout engloutir pour posséder, mais c’est une heureuse danse animée par les atomes qui composent l’homme et la verte chlorophylle de la feuille.
Et voilà l’univers artistique d’Harry Gaabor, coloré guérillero du spirituel qui avec son pinceau crée de souriantes acrobaties sur les ruines de notre grise civilisation.

Marco Caccavo
AIx en Provence, Juillet 2014

Les commentaires sont fermés.